J'aime beaucoup Jean-Pierre Bacri. Je suis d'accord avec pas mal de ses colères. Je dis viva quand une année aux Césars (oui, je sais, faut pas accorder, faut écrire "à la cérémonie des César©" mais je n'arrive pas à m'y faire bref...), il a dit quelque chose du genre, je cite de mémoire, "cette année, je n'ai pas de revendication particulière, j'aime tout le monde, tout va bien, je suis dans le gâteau". C'était bien de sa part (et en plus, c'était humoristique) de le reconnaître.
Donc postulat de départ, je l'aime bien donc je lis ses interviews quand il en donne et que je tombe dessus. Et là, je ne suis pas d'accord sur une petite chose parue dans la presse ces jours-ci, c'est quand il dit à propos du référendum européen:

"Je ne voterai pas parce que j'ai l'impression qu'on me tord le bras pour voter et je déteste ça."

Je suis d'accord avec lui, on nous tord le bras, je déteste ça aussi également. Je ne me fais pas d'illusion sur l'issue du scrutin. De toute manière, je ne crois pas aux lendemains qui chantent quand on me le beugle dans l'oreille pour m'assourdir.

Mais j'irai voter car je suis née avec des chromosomes XX et que ça ne fait que soixante ans que la France (pays soi-disant avancé et éclairé) autorise les femmes à voter. Donc j'irai car ne pas exercer un droit et un devoir que certain(e)s se sont battus pour que l'on obtienne, c'est très optimiste (trop) à mon sens. Ca équivaut à croire que les mentalités ont tellement progressé qu'elles ne peuvent plus reculer. J'irai, même si ça m'ennuie de le faire, même s'il fait beau dimanche prochain. J'irai car dans beaucoup de pays, on n'a même pas ce droit. J'irai parce que je ne veux pas qu'on me retire ce droit.

Je sais bien que ma voix ne comptera pas, qu'elle ne sera qu'une goutte d'eau dans l'océan. Je sais bien que je ne suis qu'un numéro mais si je n'y vais pas, ceux qui ont lutté pour qu'on puisse avoir le droit de voter, même si c'est une vaste mascarade, se seront battus pour rien. Je ne veux pas faire leur faire honte.

Et quand certains de nos politiciens disent que ces questions sont trop graves pour laisser le peuple en décider, je trouve ça gravement condescendant. Surtout quand ces derniers se prétendent de gauche et nous amadouent avec de bons sentiments qu'ils ne mettent pas en pratique dans leur vie quotidienne. Et je trouve ça pas très éloigné des propos de Marie-Antoinette avec la brioche. Avons-nous perdu le sens des réalités? Sommes-nous chloroformés?
Je suis peut-être parano mais je ne suis pas dupe.

J'irai voter. Tant que j'aurai ce droit, je l'exercerai. Par respect.

J'aimerais juste un jour que les votes blancs comptent car souvent, je n'ai envie de donner ma voix à aucun d'entre eux car je me reconnais en tous et en aucun. Et y a toujours quelque chose dans leur discours qui me fait sortir de mes gonds. Et par conséquent, leur donner mon vote équivaudrait à dire que je cautionne leur discours, que je leur donne carte blanche.

Alors j'ai souvent tendance à voter blanc. Ce n'est pas être indécis. Ce n'est pas être indifférent. C'est plus compliqué que ça.

Mais comme hélas le vote blanc ne comptera sûrement jamais, je vais voter simplement pour faire honneur à ceux qui un jour ont rêvé qu'on puisse voter et ont contribué à ce que ce rêve devienne réalité.

NB: l'histoire du vote blanc ne vaut pas pour ce scrutin précis. Je sais très bien ce que je vais voter mais comme heureusement, on vote encore dans un isoloir... c'est secret :)