Merci de vous inquiéter pour moi. Soit, (prononcez le "t" de "soit" sinon vous n'allez pas comprendre la phrase) les heures de repas sont très fantaisistes. Soit, parfois elle a un comportement limite méprisant vis-à-vis de ma condition de félin de poche. Soit, pour jouer à chat, c'est elle qui commence. Mais y a de véritables avantages:
- je ne m'ennuie pas,
- je fais carrément ce que je veux,
- elle s'inquiète pour moi (par exemple, après m'avoir envoyé malencontreusement une balle de tennis dans la tête, elle s'enquiert de mon sort, me présente ses excuses et me fait plein de bisous). Bon, cinq minutes après, elle me marche sur la patte mais faut dire que je suis toujours dans ses pattes à elle alors forcément des accidents malheureux arrivent,
- j'ai de la distraction, elle invente toujours de nouveaux jeux,
- j'ai un(e) perroquet(te) de compagnie (vous en connaissez beaucoup des chats qui ont leur propre perroquet(te) de compagnie, sacrée caractère, celle-là en plus),
- total, eh ben, ça fait sept ans et je ne m'encroûte pas. Je suis svelte et jeune (sauf en photo où je m'étale),
- je prends parfois le bus, le train, la voiture.

Tout ça pour dire qu'elle me laisse vivre. D'ailleurs, elle laisse vivre tout. Elle a institué des pactes de non-agression avec tout. Faut respecter les plantes (je ne vois pas l'intérêt mais apparemment, ça la contrarie que je les abîme), les insectes qui crapahutent (elle ne veut pas que je les tape ni que je les regarde souffrir quand je leur ai cassé des pattes), elle les raccompagne dehors dans la mesure du possible (okay, en poussant des hurlements). Paraît que je ne me comporte pas comme un chat (d'après ses amis), mais comme le perroquet danse dès qu'on lui met de la musique, ce n'est pas juste moi qui ai pété un câble, ça doit être dans l'atmosphère. Elle n'aime pas trop dire qu'elle a un chat. Ca fait trop "oh la pov' fille et son chachat", ça fait "ah je vous ai cerné, vous vivez seule avec votre chat". Les étiquettes, les boîtes, c'est bien pour y mettre les choses, les objets, pas les êtres.

D'abord, elle traite tout pareil, les animaux, les plantes, les gens. Ca perturbe les conformistes, les leveurs de sourcils, ceux qui veulent éduquer les autres, ceux qui ont décidé que "comme ils faisaient c'était bien et par conséquent tout le monde devrait faire comme eux". Elle, elle s'en fiche éperdument qu'on ne fasse pas comme elle du moment qu'on ne l'empêche pas de faire ce qu'elle veut et qu'on ne l'oblige pas à changer. Elle voudrait que les lions partent en balade dans la savane avec les gazelles au lieu de les chasser. Elle voudrait que tout le monde fasse l'effort de comprendre le point de vue de l'autre et de s'arrêter avant le bord du précipice.

Sauf que forcément, on est tous imparfaits, elle la première et que la vie est loin d'être parfaite. Et ça, ça l'énerve sévère. Et comme elle n'y peut pas grand-chose, eh ben, ça la contrarie. Alors elle fait la gueule. Mais c'est surtout à elle qu'elle en veut.

Alors forcément, ça lui complique la vie d'être comme ça, parce que c'est mal vu, parce que ça ne se fait pas et que parfois, eh ben, c'est humain (pas félin en revanche), les humains voudraient bien se conformer pour se sentir acceptés. Etre dans un groupe. Se sentir protégés par la masse. Se tenir chaud. Se sentir en sécurité. Alors elle fait juste ce qu'il faut pour ne pas se retrouver en marge, parce qu'au fond la vraie marge, celle de la rue, elle est dangereuse et une fois qu'on y est, c'est dur d'en revenir. Elle aime trop le confort pour devenir Archimède le clochard. Elle préfère le luxe aux puces, les baignoires aux bains-douches, la tête claire aux vapeurs embrumées de l'alcool, avoir de l'argent dans sa poche à la mendicité. Elle préfère la fierté à la pitié.

Elle préfère les belles histoires aux descentes aux enfers.
et pour résumer, je citerai une chanson, ça parle des chats, c'était chanté par Yves Montand et ça disait ça:


"Le chat de la voisine
Qui mange la bonne cuisine
Et fait ses gros ronrons
Sur un bel édredon dondon
Le chat de la voisine
Qui s'met pleines les babines
De poulet, de fois gras
Et ne chasse pas les rats
Miaou, miaou
Qu'il est touchant le chant du chat
Ronron, ronron
Et vive le chat et vive le chat

Je ne dessin'rai pas l'homme et son agonie
L'enfant des premiers pas qui gèle dans son nid
Je ne parlerai pas du soldat qui a peur
D'échanger une jambe contre une croix d'honneur
Du vieillard rejeté aux poubelles de la faim
Je n'en parlerai pas, mieux vaut ce p'tit refrain

Le chat de la voisine
Qui mange la bonne cuisine
Et fait ses gros ronrons
Sur un bel édredon dondon
Le chat de la voisine
Qui s'met pleines les babines
De poulet, de fois gras
Et ne chasse pas les rats
Miaou, miaou
Qu'il est touchant le chant du chat
Ronron, ronron
Et vive le chat et vive le chat

Je n'serai pas l'empêcheur de déjeuner en rond
A louanger la sueur qui brûle sur les fronts
Je ne parlerai pas de l'ouvrier qui pleure
La perte de ses doigts morts aux champs du labeur
De la jeune fille fanée avant d'avoir aimé
Je n'en parlerai pas, il vaut mieux glorifier

Le chat de la voisine
Qui mange la bonne cuisine
Et fait ses gros ronrons
Sur un bel édredon dondon
Le chat de la voisine
Qui s'met pleines les babines
De poulet, de fois gras
Et ne chasse pas les rats
Miaou, miaou
Qu'il est touchant le chant du chat
Ronron, ronron
Et vive le chat et vive le chat..."


elle pense que tout est dit dans cette chanson et qu'il vaut mieux regarder vers les étoiles que d'être fasciné par le fond. Que les belles idées sont énoncées par les intellectuels au ventre plein car, quand on a faim, on n'a plus le temps de réfléchir, on est trop occupé à trouver la provenance de son prochain repas. Qu'elle n'est pas assez riche pour être fascinée par la pauvreté. Et que tout peut basculer trop vite dans le vrai malheur, le vrai de vrai, celui dont on a du mal à s'extraire et que c'est trop con de regretter ce qu'on a perdu, qu'on ferait mieux de prendre le temps d'aimer les gens qu'on aime tant qu'ils sont là, au risque de passer pour des naïfs, des romantiques, des absolus, des crétins, des rêveurs.
Tous ceux qui ont réussi ont commencé par rêver. Qu'il faut se raccrocher à ses rêves, ses envies, ses passions car c'est là notre essence. La vie est un marathon. Ce n'est pas avec les pieds qu'on continue à courir, c'est avec son esprit.
Et faut courir en riant, en regardant le paysage, en en profitant.
Et si on n'était plus à se serrer les coudes, à oser jouer en travaillant, la vie serait plus drôle. Car au fond, vaut mieux bosser pour se faire une belle vie car on ne sait pas ce qui nous attend. Si on part perdant, c'est sûr qu'on va perdre alors que si on se dit, ça peut être bien, ça peut être extraordinaire, eh bien, on peut avoir de belles surprises. C'est aussi pour ça qu'elle s'est mise à faire ce billet d'humeur, pour avoir de belles surprises. Car y en trop souvent des mauvaises. Faut essayer de faire un pas pour susciter les bonnes.
Car tout au quotidien contribue à nous faire douter de ça. Et ce doute nous fait nous écrouler trop souvent, renoncer, hésiter, ne pas faire. C'est dur de prendre tout du bon côté. C'est super dur. C'est dur de résister aux apparences, aux contretemps, aux broutilles, aux petites voix qui vous sussurent "tu vois bien que tu n'y arrives pas, laisse béton". Parfois elles étouffent tout, ces voix, elles font l'effet d'une déferlante.
Et on est bien peu de chose. Comme on dit, heureux sont les simples d'esprit, ils ne se torturent pas la tête. Mais d'un autre côté, ils n'arrivent nulle part.
Bon, c'est trop compliqué à régler en un message... ça agite les neurones et ils chauffent. Si je les agite trop, ils vont frire et ils ne marcheront plus. Ca serait dommage. C'est là que je suis content d'être un chat et pas un humain. Je me casse pas la tête avec tout ça.
Sur ce, bonne journée à tous et bon week-end et plein de bonnes choses à vous.