c'est la fin des haricots!
Oui, j'écris avec son ordi. J'ai une vie sociale, moi! J'aurais dû crypter le fichier, comme ça elle n'aurait pas pu l'utiliser. C'est du vol caractérisé! De l'atteinte à mes droits les plus élémentaires! Je vais de ce pas me chercher un avocat et la faire cracher au bassinet.

Quoi? Bonne question. Je ne sais pas trop en fait! Voyons voir... Des croquettes? Une boîte supplémentaire par jour? Je suis sous-nourri.

Je miaule, je miaule crescendo mais elle s'en fiche et quand elle s'en va, je ne sais jamais quand elle va revenir. Elle me fait attendre. D'abord elle fait attendre tout le monde. Vous l'avez bien remarqué. Même qu'une fois des protestations se sont élevées et qu'elle s'est pris un méchant "on dirait que nous sommes tous à ta disposition".

Si vous voulez défiler, je vous ferai les banderoles. J'aime bien la peinture. D'ailleurs, j'en ai fait à un moment. C'était dans sa période peinture à l'acrylique, elle venait de touiller du bleu sur sa palette, j'ai mis ma patte gauche en plein dessus sur la table. Elle ne m'avait pas vu arriver. je me suis mis debout d'un coup sur mes pattes arrière et j'ai fait "chtak" avec ma patte avant et après j'ai galopé partout dans l'appartement. Ca ne lui a pas plu. Ca l'a arrêtée net dans son élan créatif. Et elle n'a même pas apprécié le mien.

Elle a tout nettoyé. Je trouvais que des empreintes bleues sur de la moquette grise, ça pourrait égayer. Elle non. Elle a râlé un peu puis en a conclu par mon geste que je devais être gaucher. Même pas vrai. Je suis un chat, je suis forcément ambidextre. D'ailleurs, j'attrape les balles de tennis en les serrant avec mes deux pattes avant.

Depuis cette fameuse soirée, elle observe le perroquet pour savoir s'il est gaucher ou droitier. C'est comme sa théorie sur les pigeons. Certains ont les pattes glabres, certains ont les pattes plumeuses. Moi, je dis que je voudrais bien en attraper un.

Hier, j'ai essayé de capturer un papillon de nuit sur le balcon. Il était en hauteur, j'ai sauté, je me suis vautré sur un cendrier, j'ai fait du bruit, elle m'a tancé. Pas tant pour le bruit que pour le papillon. Ce n'étais pas la peine d'en faire tout un plat. Il était trop haut.

Je suis un chasseur! Une proie me nargue en étant là, c'est logique que je tente ma chance. Et ma fierté dans tout ça, hein? Elle me brime. C'est normal que j'attaque tout ce qui passe sur le balcon: j'ai faim!

Ce qui est bien, c'est que des amis viennent car là, y a de la nourriture. Ca améliore le quotidien. Une fois, y en avait même un qui avait apporté un poulet cuit. Je n'en avais jamais vu.

Et puis comme ils ne sont pas habitués à surveiller leur assiette en permanence, je profite d'un moment d'inattention de leur part et je pique un truc. Je fais le joli, le mignon, je monte sur leurs genoux mais en fait, je convoite leur assiette. Ce qui n'est pas du jeu, c'est qu'elle les met en garde contre moi, alors ils se méfient.

Avec elle, ça ne marche pas. A part quand elle lit. Et puis je peux monter quarante fois sur la table, m'aplatir au point de disparaître, curieusement elle me voit quand même, elle m'attrape et me refiche par terre. A ma manière, je lui fais faire du sport, elle se muscle le bras droit ainsi. Et moi, ça me plaît de voler, même brièvement. Le mieux, c'est quand elle me lance sur le lit. Ca fait comme le trampoline qu'on voit parfois à la télé. Quand j'en ai marre, je me planque sous le lit. Là, elle ne peut pas m'attraper. Mais je m'ennuie et je ressors illico presto.

Je joue aussi à la guetter et quand elle arrive dans le couloir, je me mets debout sur mes pattes arrière et je fais whouah, enfin plutôt kffeeu. C'est censé l'impressionner mais bizarrement, ça la fait invariablement s'écrouler de rire.

A l'usure, j'arrive à l'avoir. Elle se lasse plus vite que moi de m'empêcher de lui piquer sa nourriture. Et puis au fond, elle est prête à la partager. Elle me lit à voix haute ce qu'il y a écrit sur mes boîtes. Si je veux l'énerver, je lui vole ses tartines quand elle va répondre au téléphone. Comme ça, elle est à la fois en colère contre moi et contre la personne qui a l'idée saugrenue de téléphoner pendant qu'elle petit-déjeûne.

Ca l'éclate que j'ai compris que, quand le four sonnait (ce qu'il fait rarement, vu qu'il sert peu), c'était prêt. Je cours et je m'assieds devant. Elle dit qu'on nage en plein Pavlov. Je ne sais pas qui c'est mais c'est sûrement un type bien s'il a quelque chose à voir avec les fours qui sonnent.

Bon, je vous laisse, y a peut-être un papillon égaré à choper. Je n'ai pas encore vu de mouches cette année. Ca manque.