Tout à l'heure, j'ai voulu poster une lettre que j'avais écrite (eh oui, j'écris encore des lettres - même que j'achète des cartes postales sur lesquelles j'écris tellement qu'ensuite je dois les mettre dans une enveloppe car je n'ai plus de place pour l'adresse, c'est dire). Comme cette lettre était pour l'étranger (l'étranger tellement étranger que c'était pour plus loin que l'Europe, ben oui), et comme la Marianne sans chiffres écrits dessus peut faire des problèmes au destinataire (je ne veux pas que, sous prétexte que je lui écris, le/la destinataire ait à payer une amende pour récupérer ma prose à cause d'un employé pointilleux qui estimerait que je n'ai pas affranchi la lettre au tarif en vigueur) donc je fais des efforts, je ne mets pas plusieurs Mariannes sur l'enveloppe, je n'écoute que mon courage et je vais au bureau de poste le plus proche.

Et là, le gag commence...
Pas loin de chez moi, il y a (grande victoire) une annexe du bureau de poste depuis un an, un an et demi. Flambant neuve. Bleue, jaune. Ouh la la, ce qu'elle est belle. Faut dire que niveau bureaux de poste dans le coin (si on veut aller à celui de sa commune d'habitation), nous ne sommes pas gâtés, il est vraiment très loin, tellement loin qu'en quatorze ans je n'ai eu le courage d'y aller que deux fois (parce que je n'avais pas le choix). Heureusement que dans mon immeuble, on nous garde les paquets car sinon je haïrai ceux qui m'en envoient parfois car cela m'obligerait à aller jusque là-bas (car là-bas est beaucoup trop loin et pas pratique du tout) mais tel n'est pas le propos de cet article.

Vous imaginez la joie du quartier quand a ouvert ladite annexe??? C'est tout juste si nous ne nous sommes pas tous précipités poster, poster jusqu'à ce que mort s'ensuive :))

Sauf que niveau accumulation de défauts, elle se pose là, j'explique:

- elle n'est ouverte qu'une partie de l'après-midi, n'expédie pas les courriers, ceux-ci sont rapportés au bureau principal et par conséquent, partent (en principe) le lendemain.

Je rappelle, je ne suis pas en pleine campagne. Je peux atteindre Paris en bus et même à pied s'il n'y a plus de bus et que j'ai de la bonne musique dans les oreilles et du temps devant moi. Eh oui, j'aime écrire et j'aime marcher. Paraît que ça va de pair (faut juste pas le faire simultanément car là, il y a risque de se fiche la figure dans des poteaux, ou des arbres, voire se faire écrabouiller par de méchantes voitures sans oublier les inévitables nids de poule et aspérités de la chaussée qui peuvent vous faire trébucher).

Ce bureau de poste a une belle machine à affranchir. D'ordinaire, j'aime bien les machines surtout quand elles permettent de gagner du temps (je n'aborderais pas le problème de la pièce de deux euros, trop long à couvrir ce soir) mais vu qu'il y avait une dame sympathique (au prime abord) derrière son hygiaphone (je n'arrive pas à déterminer si le but est de les protéger du public ou de les enfermer dans un réduit claustrophobique), je fais trois pas, me poste (ah ah, même pas fait exprès celle-là) devant elle et dit "bonjour" gaiement, posant ma lettre sur le bidule qui permet de la faire glisser jusqu'à elle. Je vous retransmets l'échange.

Moi: bonjour, je voudrais envoyer cette lettre, s'il vous plaît.
Elle (sèchement): y a la machine là-bas. Vous avez de la monnaie?

Moi: je ne sais pas si j'ai de la monnaie (je me mets à chercher dans mon portefeuille) mais vu que vous êtes là, je trouve plus sympathique de venir vous voir. (pause - précisons qu'elle vient de s'absenter) Les humains sont-ils déjà devenus superfétatoires?

Elle revient, se rassied, souffle bruyamment et prend ma lettre à regret, la pèse, regarde vite fait ses timbres et m'annonce "75 centimes", je les lui donne.

J'ajoute:
"D'autant que les gens de l'étranger aiment bien recevoir des beaux timbres et qu'à la machine, il n'y en a pas..."
Elle (encore plus sèchement): j'ai regardé, je n'en ai pas de cette valeur.
Moi: ah, bon, tant pis alors
Elle (se reprenant): ah, me suis trompée, ce n'est pas 75 centimes, c'est 90 centimes.

Je cherche les quinze centimes, elle recherche dans son classeur, me sort un timbre, me le donne, je le colle (à l'ancienne, bonjour l'hygiène, que sont les mouillettes devenues???), je mets une petite étiquette "prioritaire, priority" pour le fun et l'illusion que ça va aller plus vite et lui rends ma lettre. Là, elle la tamponne et la donne à une autre dame (probablement chargée de rapporter le courrier de l'après-midi au bureau principal).

Comme je m'étais courbée en vingt cinq pour lui parler (l'hygiaphone était à peu près à la hauteur de mon bassin et la tablette à la hauteur de mes cuisses), je lui dis:
"ils n'ont pas été sympas avec vous quand ils ont conçu ce bureau, faut faire un mètre trente pour vous parler en face".
Elle rétorque:
"c'est pour les handicapés".
Alors là, je ne dis plus rien. Si c'est pour les handicapés, je m'incline (même si je trouve que pour l'employée de la poste, enfermée dans un cage à lapins et obligée de regarder les cuisses des gens pendant des heures, ce n'est pas drôle). Je dis au revoir, je vais pour sortir, je regarde la porte, pas très large et surtout la marche qu'il faut monter pour entrer et je lui dis:
"c'est vraiment pour les handicapés? Et pour entrer, ils font quoi? Ils sautent?"

Je n'ai pas pu entendre sa réponse ni voir son expression car l'hygiaphone est tellement hygiénique qu'on a du mal à distinguer les gens derrière dès que l'on s'éloigne..

Moralité: vu l'accueil que l'on a à chaque visite (et les miennes sont rares car leurs horaires ne sont pas en adéquation avec les miens) dans cette annexe, le fait que cela ne se battait pas au portillon (un monsieur écrivait tranquillement sur une table et personne à part moi ne la sollicitait), je pense que les employés qui travaillent dans cette annexe sont en rage et que cela les saoûle d'être là.

Alors là, je dis "pourquoi avoir ouvert une annexe si c'est pour que cela s'y passe comme ça?"
d'autant que ceci n'est absolument pas représentatif de l'accueil qu'on a dans les bureaux de poste habituellement (oui, oui, j'en fréquente beaucoup donc j'ai une idée sur la question).