Et auquel je pense souvent parce que je le connais image par image et dialogue par dialogue et parce que je me suis jetée avidemment sur tout ce qui concernait les gens qui étaient rattachés de près ou de loin à ce film.

J'aime ce film parce qu'il se termine bien. Parce que ça rigole. Parce que ça s'engueule. Parce qu'y a toute une galerie de personnages qui est campée. Parce que ça parle plusieurs langues. Parce que ça se balance des vacheries puis ça se rabiboche. Parce qu'ils ont tous un phrasé particulier, des attitudes à eux, parce qu'ils passent outre leurs préjugés, parce qu'ils partagent les paquets qui leur parviennent, parce qu'ils s'entraident, parce qu'ils creusent des tunnels partout à plusieurs et qu'ils mettent leurs connaissances en commun. Parce qu'ils sont ingénieux. Parce qu'il y a un sens du détail hallucinant, du cadre, des gestes, parce que chaque personnage a son nom, sa posture, ses accessoires, parce que tous les gens qui ont participé à ce film sont devenus des incontournables du cinéma mondial, parce que c'est con qu'ils soient tous morts. Parce qu'esthétiquement, c'est économe, efficace et ça aide à vivre.

Une des phrases qui m'a le plus marquée, c'est celle dite par Pierre Fresnay(de Bœldieu) qui, après avoir joué du fifrelin en équilibre sur une corniche pour détourner l'attention des guardes et contraindre Von Rauffenstein à donner l'ordre de lui tirer dessus pour couvrir la fuite de Maréchal et de Rosenthal est à l'infirmerie et dit à Von Rauffenstein venu s'excuser de ne pas avoir eu le choix que de tirer et qu'il regrette d'avoir mal visé et lui demande s'il a mal.

et de Bœldieu de rétorquer:

"je n'aurais pas cru qu'une balle dans le ventre pût faire si mal."

J'adore cette phrase.

C'est mon préféré, de Bœldieu, car c'est celui qui change le plus entre le début et la fin du film et qui est le plus courageux. C'est celui qui protège la fuite de ces drôles de types qui n'ont rien à voir ni entre eux ni avec lui mais qui sont devenus ses amis. Parce que ces derniers passent en Suisse, en râlant, en s'engueulant, en s'insultant mais en s'attendant l'un l'autre, parce que même les gardes sont contents qu'ils soient passés de l'autre côté. Parce que de Bœldieu a pris des risques insensés alors que lui ne partait pas.

Parce que ce film est un des plus grands films mondiaux. Et que les parcours de tous ceux qui y ont participé sont très intéressants. Parce que c'est un film pacifiste et qu'il a été interdit durant tout 39-45. Parce qu'il est extrêmement joyeux.

Pour moi, c'est le plus beau film des années 30 de ce côté-ci de l'Atlantique. Que les acteurs y sont extraordinaires, que ce film fonctionne en bouquin image par image avec les dialogues sous les images (éditions balland - 1974), c'est comme un story-board.

c'est "la grande illusion" de Jean Renoir (1937)

avec (jean) Gabin, (pierre) Fresnay, (marcel)Dalio, (julien) Carette, (gaston) Modot, Erich Von Stroheim, Dita Parlo, (jean) Dasté, Sylvain Itkine, Georges Peclet, sur une musique de Joseph Kosma, avec un scénar de Charles Spaak et Françoise Giroud (créditée en tant que "Gourdji") comme script-girl.

allez faire un tour sur wikipedia si vous en avez le loisir, cliquez sur tout, un par un et lisez, vous verrez, c'est très intéressant.
Si après, ça ne vous donne pas envie de voir ce film (ou de le revoir), c'est que vous êtes perdus pour l'espoir!!!

Parce que les "joyeux noël" de maintenant ne sont que de pâlichonnes copies de ce film-là. Parce que celui-là, il devrait être projeté dans les écoles. Ca plairait aux gamins. Ils ricaneraient, se moqueraient, chahuteraient mais s'en souviendraient et tous pour des raisons différentes, les leurs. Pour une phrase, un mot. Et p'têt qu'ils iraient mieux :)

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