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La route la nuit, les lumières qui clignotent et vous indiquent le chemin à suivre et dans l'habitacle, la musique qui s'échappe des haut-parleurs donnant du relief à cet itinéraire, les notes au même rythme que les essuie-glaces, les gouttes d'eau qui pixellisent le paysage;

Le RER, son tunnel et la musique dans les écouteurs comme tampon dans cet univers de passage;

Les rues la nuit, marcher au rythme de la musique;

Cette mémoire sensorielle que nous avons tous qui fait qu'en écoutant une musique en particulier, cela nous rappelle quelque chose. Pour ma part, je suis immédiatement projetée au moment où je l'ai entendue la première fois. Parfois, ce sont des lieux exotiques (ex: vacances), parfois, moins (Fontenay sous Bois pour un album que je venais d'acheter et qui m'a soufflée ou la sortie de la station Charles de Gaulle pour une chanson que j'écoutais tous les matins en allant travailler à une époque où j'allais par là);

Les albums qu'on va acheter (oui, je suis un dinosaure, je vais encore acheter les albums, j'ai juste arrêté d'acheter des K7 - fallait que je me mette à la page) et qu'on découvre pour la première fois; 

Des intros de chansons découvertes sous la pluie où j'ai oublié qu'il pleuvait tellement la musique m'a cueillie à la seconde où je l'ai entendue, des passages qui, à chaque fois que je les entends, me donnent la chair de poule instantanément, d'autres qui me donnent envie d'hurler à tue-tête le refrain (bien plus pratique depuis que j'ai une voiture - on se fait un peu remarquer quand on fait ça dans le métro ou dans la rue).

Quand j'aimais une chanson, enfant, je l'écoutais, crayon en main, essayant de comprendre les paroles. je crois que, plus que les films ou les livres, j'ai voulu comprendre l'anglais pour comprendre les paroles des chansons. J'écoutais vraiment attentivement ce que ça racontait et je voyais des images. Au début pour les chansons en français (si l'on se connaissait mieux, je pourrais disserter plus ou moins sérieusement sur le message de certaines d'entre elles et éventuellement vous convaincre de la portée philosophique de certaines d'entre elles!) puis après pour celles en anglais. Une leçon en trois minutes.

Elle est loin, l'époque, où, quand j'entendais quelque chose qui me plaisait à la radio, je cavalais à travers l'apartement pour l'enregistrer (magnifiques, les enregistrements avec des gros boums sur chaque intro de chanson). Maintenant, il y a Shazam. Ah Shazam, tu es quelque part, des notes attirent ton oreille malgré le brouhaha, tu fais taire tout le monde et tu pointes ton téléphone vers la source sonore et tu sais quelle version c'est, quelle chanson. Tout bonnement magique, cette application (d'où son nom).

Tous ces films vus dont j'ai acheté la bande originale parce que j'associe image et musique, pour moi, les deux vont ensemble. Très important pour moi, la musique au cinéma, la façon dont elle s'accorde avec la séquence,  l'émotion qu'elle peut susciter sur une image qui, sans elle, serait sans relief.

J'ai toujours associé la musique au mouvement, aux transports en commun, aux voitures, au walkman, au lecteur mp3, au lecteur de mini-disc (du mange-disques au lecteur mp3, j'ai tout eu pour balader la musique), le son dans les oreilles pour s'immerger dedans comme une bande-son pour la vie.

A une époque, mon critère d'achat pour un walkman, c'était qu'il fasse auto-reverse et qu'il fonctionne avec une seule pile (je savais qu'en frottant dans ses mains ladite pile, on pouvait prolonger sa durée de vie et je savais où étaient les kiosquiers dans le métro qui vendaient des piles à l'unité si d'aventure ma pile venait à me lâcher). Les casques aussi étaient très importants, fallait qu'ils soient pas trop chers (ça se casse trop vite - en tout cas, je les cassais trop vite à les trimballer partout) et qu'il ne fassent pas mal aux oreilles (nous n'avons pas tous les oreilles de la même taille).

Quand je suis partie aux US au siècle dernier, je n'avais droit qu'à 60 kilos de bagages (ça m'a torturée plusieurs mois, cette histoire de bagages). J'ai donc sélectionné vingt cassettes indispensables à ma survie en milieu hostile parmi celles que j'avais et j'ai passé deux jours à faire deux cassettes avec les chansons dont je ne pourrai pas me passer là-bas mais qui étaient sur des albums que je n'aimais pas du début à la fin. Le restant des bagages était secondaire. J'ai d'ailleurs fait des oublis de taille comme un manteau ou un sac pour aller en cours mais j'avais mes musiques. Et si je me souviens bien, un des premiers achats que j'ai faits là-bas était un radio-cassettes.

Vous pensez bien que j'ai sauté sur le premier Ipod quand il a été disponible. Huit heures à numériser mes cds préférés de l'époque, dix minutes pour les transférer sur l'ipod (connexion FireWire). Je n'ai jamais adopté les écouteurs blancs, je n'aimais pas les signes de reconnaissance de ceux qui se faisaient des sourires sous prétexte qu'ils avaient des écouteurs blancs, le côté club privé. Ah, toi, tu en as un aussi. A la place, je leur ai cousu des housses. Je n'ai pas attendu qu'ils vendent des housses, j'ai pris ma machine à coudre et je leur ai cousu des housses en polaire avec fermeture en velcro, modèle unique certifié. A une époque, j'avais équipé tous les appareils que je baladais d'housses en polaire. Eh oui, on ne marie pas assez souvent l'informatique, la photo avec la couture.

Allez, faut que je vous laisse, j'ai de la musique à écouter. En fait, je triche, j'en écoute en écrivant mais bon, comme je ne sais pas comment conclure...

Ah si!

On devrait dire merci aux compositeurs et aux paroliers car ils créent la bande-son de nos vies.