sculpture de Marie-Paule Deville-ChabrolleLes femmes m'épatent. C'est très compliqué d'être une femme et certaines endossent tous les rôles avec une sorte de grâce qui, à mon sens, s'apparente à la lévitation. J'en connais. Elles seraient bien étonnées de savoir que je pense cela d'elles. Quand je les vois, elles m'épatent. Je ne parle pas de celles qui essayent, qui surjouent, qui accumulent tous les artifices et qui s'imaginent que ça va marcher. Non, pas elles. Non, celles-là sont harnachées. C'est très compliqué de léviter. Et pourtant, certaines le font en toutes situations. Je ne suis pas sûre qu'elles en soient conscientes, que ce soit travaillé. C'est un maintien, des attitudes, des façons de se mouvoir et cette capacité à passer de lieu en lieu comme si cela ne les affectait pas, de sembler être dans son élément dans toutes les circonstances et d'avoir le bon timing, ne pas réagir en décalé.

Des cygnes, voilà, ce sont des cygnes. Elles ne se cognent pas dans les murs, si elles sont distraites, c'est charmant, pas pataud. Elles ne manquent pas de faire tomber tout ce qu'elles saisissent.

En toutes circonstances, elles se meuvent avec fluidité, elles semblent habiter leur corps, pas l'avoir emprunté.

Et ce n'est pas une question d'âge, de beauté, de physique. Contrairement aux cygnes, il y a des styles très différents de femmes gracieuses. Certaines le sont presque parce qu'elles ont les codes mais elles ne sont pas naturelles, elles sont guindées, enfermées dans une apparence imposée par leur milieu. D'autres se croient gracieuses alors qu'elles sont outrancières tandis que certaines arrivent année après année, rôle endossé après rôle endossé à l'être toujours. Et je suis sciée. Si, si, sciée. Je ne saurais même pas les imiter avec conviction plus de dix minutes parce qu'à coup sûr, je me tordrais une cheville (les pompes de fille ne sont pas faites pour marcher), elles sont toujours bien habillées et se tiennent bien, sans que ça fasse forcé. Avez-vous remarqué comment certaines peuvent croiser les jambes? Eh bien, on a les mollets pour ou pas et franchement, parfois, on ne peut pas lutter.

A Paris, j'observais les mains (j'avais mes journées oreilles, nez, ça dépendait de l'humeur du moment) dans le métro dont on peut obtenir un bon échantillon quand on est cramponné à une barre en comptant ses stations. Eh bien, nous ne partons pas tous égaux devant les mains et les ongles et vous pourrez manger ce que vous voudrez et faire du sport, cela ne changera pas la forme de vos phalanges.

Partout où je suis passée, que ce soit à l'école (je crois que cela ne s'apprend pas, certaines étaient déjà gracieuses à la maternelle) ou au boulot ou dans la vie de tous les jours, j'en ai croisé partout. Ce sont des héroïnes du quotidien. Chics et simples, distinguées et délicates, souriantes même au delà de la fatigue. Et cette grâce n'a pas d'âge, certaines même très âgées, l'ont encore.

Ce message leur est dédié. Elles ne se reconnaîtront sûrement pas quand bien même elles me liraient. Et les autres se vexeraient sûrement.

Mais chacune peut être gracieuse l'espace d'un instant, le temps d'un geste qu'elles esquissent, d'une posture tandis que d'autres ont ce don de l'être tout le temps et ça, ça m'épate.