On s'est tous fait tirer le portrait dans ces drôles de boîtes (à une époque, il y avait même un rideau marron ou gris avec des plis des plus disgracieux en guise de fond) pour des papiers administratifs (c'est dingue comment on a besoin d'avoir notre trombine sur tous types de formulaires). Au début, quand le photomaton était un phénomène de foire, les gens allaient se photographier entre amis ou en amoureux. Etant en quelque sorte la mémoire photographique de ma famille, j'ai récupéré la plupart de ces portraits où certains de mes proches sont jeunes, insouciants, rigolards et portent pour certains des chapeaux. Ca fait longtemps que je veux faire quelque chose de toutes ces photos. Parce que c'est le témoignage d'une époque et qu'il faut partir de l'individu pour ainsi parler à tout le monde. Mais comme tant que je n'aurai pas trouvé un fil conducteur pour utiliser ces photos disparates des membres de ma famille, ça n'intéressera que moi, j'ai pensé qu'il serait rigolo de faire quelque chose de mes propres photomatons. Pas de problème de droit à l'image. Et, en plus, je préfère mille fois agencer à ma sauce quelque chose que d'être obligée d'envoyer ma photo pour un quelconque formulaire. Donc j'ai fait les fonds de tiroir, récupéré les cartes oranges et autres passes navigo et consciencieusement, j'ai tout numérisé (pfou, c'est long et fastidieux, mes bêtises) et après, j'ai essayé de les mettre plus ou moins par ordre chronologique. A peu de choses près, c'est bon.

Donc, voici ma pomme sur trente ans de toutes les couleurs avec des coiffures plus ou moins hasardeuses et comme je ne voulais pas vous flouer (vous voyez comment ma démarche est sérieuse, hein?), je suis allée jusqu'à me rendre dans un photomaton avant-hier pour que l'expérience soit la plus juste possible.

Page_19